Après un burn-out, il arrive que l’on commence à récupérer physiquement sans pour autant avoir l’impression de redevenir la personne que l’on était avant.
On dort parfois mieux.
On retrouve progressivement de l’énergie.
Certaines activités redeviennent possibles.
Et pourtant, quelque chose semble avoir changé.
« Je ne me reconnais plus. »
On supporte moins certaines situations.
On n’a plus envie des mêmes choses.
Le travail que l’on trouvait important paraît parfois beaucoup moins essentiel.
Certaines relations deviennent plus difficiles.
On doute de ses choix, de ses priorités, parfois même de la personne que l’on est devenue.
Cette perte de repères peut être déstabilisante.
Mais elle ne signifie pas forcément qu’il faut immédiatement « retrouver l’ancien soi ».
La reconstruction peut aussi consister à comprendre ce qui a changé et ce que l’on souhaite désormais conserver, abandonner ou reconstruire autrement.
Un burn-out ne bouleverse pas uniquement le rapport au travail.
Il peut remettre en question beaucoup de choses que l’on considérait jusque-là comme évidentes.
La manière dont on organisait sa vie.
La place accordée au travail.
La façon dont on répondait aux attentes des autres.
La manière dont on définissait la réussite.
Ou encore tout ce que l’on acceptait sans vraiment se demander si cela nous convenait.
Pendant longtemps, certaines habitudes peuvent fonctionner.
On avance.
On assume.
On gère.
On repousse.
Puis vient un moment où ce fonctionnement ne tient plus.
Après l’épuisement, reprendre exactement les mêmes repères peut alors devenir difficile.
Ce n’est pas nécessairement parce que l’on est devenu quelqu’un d’autre du jour au lendemain.
C’est parfois simplement parce que certaines choses que l’on arrivait auparavant à ignorer sont devenues beaucoup plus visibles.
Avant le burn-out, certaines situations pouvaient sembler normales :
travailler régulièrement trop longtemps,
penser au travail en permanence,
annuler des moments personnels pour une urgence professionnelle,
accepter encore une responsabilité supplémentaire,
ne jamais réellement récupérer,
ou considérer la fatigue comme quelque chose qu’il fallait simplement dépasser.
Après un épuisement, le regard porté sur ces comportements peut changer.
On peut se demander :
« Comment ai-je pu tenir comme ça aussi longtemps ? »
Ce questionnement peut créer un sentiment étrange.
La personne que l’on était avant semble parfois très éloignée.
Mais il peut aussi révéler quelque chose d’important :
ce qui était habituel n’était pas forcément soutenable.
Il arrive aussi que les priorités changent.
Une promotion qui semblait auparavant indispensable ne fait plus envie.
Un poste auquel on tenait énormément perd de son importance.
La réussite professionnelle devient moins centrale.
On souhaite davantage de temps pour sa famille, ses proches, ses loisirs ou simplement pour soi.
Cela peut provoquer de la culpabilité.
On peut avoir l’impression de manquer d’ambition.
D’être devenu moins performant.
Moins courageux.
Moins volontaire.
Mais changer de priorités ne signifie pas nécessairement renoncer.
Cela peut aussi vouloir dire que la hiérarchie des choses importantes dans notre vie est en train d’évoluer.
Et cette évolution mérite d’être comprise avant d’être jugée.
Lorsque l’on commence à aller mieux, l’objectif peut sembler évident :
retrouver la personne que l’on était avant le burn-out.
Retrouver son efficacité.
Son énergie.
Sa capacité à gérer énormément de choses.
Son rythme.
Mais cette idée mérite parfois d’être interrogée.
Parce que cette version de soi était aussi celle qui vivait dans un fonctionnement qui, à un moment donné, n’a plus tenu.
Cela ne signifie pas que tout était mauvais.
Il peut y avoir beaucoup de choses que l’on souhaite retrouver :
son enthousiasme,
sa curiosité,
son envie d’avancer,
sa confiance,
ses projets.
Mais peut-être pas nécessairement :
l’hyperdisponibilité,
la difficulté à dire non,
le besoin de tout contrôler,
la culpabilité dès que l’on ralentit,
ou le fait de toujours repousser ses propres limites.
La reconstruction ne consiste donc pas forcément à choisir entre :
« redevenir comme avant »
et
« devenir complètement quelqu’un d’autre ».
Il peut exister une troisième voie :
conserver ce qui nous correspond encore et modifier ce qui ne nous convient plus.
Le travail occupe une place importante dans la vie de nombreuses personnes.
Il apporte un revenu, bien sûr, mais aussi parfois une identité, une reconnaissance sociale, des habitudes, des relations et un sentiment d’utilité.
Lorsque cette dimension est brutalement remise en question, d’autres questions peuvent apparaître.
Qui suis-je si je ne peux plus travailler comme avant ?
Quelle valeur ai-je si je ne suis plus aussi performant ?
Que reste-t-il lorsque je ne peux plus être celui ou celle qui gère tout ?
Ces questions peuvent être particulièrement difficiles lorsque l’identité personnelle s’était progressivement confondue avec le rôle professionnel.
La reconstruction peut alors nécessiter de redonner de la place à d’autres dimensions de sa vie.
Pas pour rejeter le travail.
Mais pour qu’il ne soit plus le seul endroit à partir duquel on mesure sa propre valeur.
Après un burn-out, on peut ressentir une forte envie de comprendre rapidement ce que l’on veut désormais.
Quel métier ?
Quelle entreprise ?
Quel rythme ?
Quelle nouvelle vie ?
Mais il est possible de ne pas savoir.
Et ce « je ne sais pas » n’est pas forcément un problème à résoudre immédiatement.
Après une période d’épuisement, les repères peuvent mettre du temps à se reconstruire.
Les envies peuvent évoluer.
Certaines certitudes revenir.
D’autres disparaître.
Se donner du temps permet parfois d’éviter de remplacer une ancienne pression par une nouvelle :
celle d’avoir absolument besoin de réinventer toute sa vie.
Il peut être utile de ne pas commencer par :
« Qui dois-je devenir ? »
mais par des questions plus simples :
Qu’est-ce qui compte davantage pour moi aujourd’hui ?
Qu’est-ce que je ne veux plus accepter comme auparavant ?
Qu’est-ce que j’ai envie de retrouver dans ma vie ?
Quelles activités me donnent réellement de l’énergie ?
Quelle place ai-je envie de donner au travail ?
Quels aspects de l’ancienne version de moi-même ai-je envie de conserver ?
Lesquels ne me correspondent plus ?
Les réponses peuvent changer avec le temps.
Ce n’est pas grave.
Le but n’est pas d’écrire immédiatement le plan définitif de sa nouvelle vie.
Il s’agit plutôt de recommencer progressivement à identifier ce qui nous correspond.
On entend parfois qu’il faut « tourner la page ».
Mais une reconstruction ne fonctionne pas toujours ainsi.
Il n’est pas forcément nécessaire d’oublier ce qui s’est passé pour avancer.
L’expérience peut laisser des traces.
Elle peut modifier la manière dont on considère certaines situations.
Elle peut rendre plus attentif à certains signaux.
Elle peut aussi créer de nouvelles fragilités ou de nouvelles limites.
L’objectif n’est pas nécessairement d’effacer ces changements.
Il peut être d’apprendre à vivre avec eux sans rester enfermé dans ce que l’on a traversé.
C’est une différence importante.
Intégrer une expérience n’est pas la même chose que vivre constamment à travers elle.
La reconstruction peut également devenir difficile lorsque l’entourage attend le retour de « l’ancienne personne ».
« Avant, tu faisais ça sans problème. »
« Tu étais beaucoup plus dynamique. »
« Tu travaillais énormément et ça allait très bien. »
« Il faut reprendre une vie normale. »
Ces phrases sont parfois prononcées sans mauvaise intention.
Mais elles peuvent renforcer le sentiment de ne plus être soi-même.
La difficulté est que les autres ont connu une certaine version de nous.
Ils n’ont pas nécessairement vécu de l’intérieur tout ce que cette manière de fonctionner coûtait.
Il peut alors être nécessaire d’accepter que certaines personnes mettent du temps à comprendre les changements.
Et parfois, qu’elles ne les comprennent jamais complètement.
Une question peut être particulièrement utile :
Si je ne me définissais pas principalement par mon travail, qu’est-ce qui ferait aussi partie de moi ?
Parent.
Conjoint.
Ami.
Passionné de sport.
Lecteur.
Créateur.
Bricoleur.
Voyageur.
Bénévole.
Personne curieuse.
Quelqu’un qui aime apprendre, transmettre, cuisiner, marcher, rire, rencontrer d’autres personnes…
Nous sommes rarement uniquement notre métier.
Mais lorsque le travail a occupé énormément de place pendant des années, il est facile de l’oublier.
Retrouver d’autres dimensions de soi peut contribuer à reconstruire des repères plus équilibrés.
Après un burn-out, on peut aussi vouloir reconstruire une version idéale de soi.
Plus calme.
Plus équilibrée.
Toujours capable de dire non.
Jamais stressée.
Parfaitement organisée.
Toujours attentive à ses limites.
Cette nouvelle exigence peut elle-même devenir épuisante.
Il y aura encore des périodes difficiles.
Des erreurs.
Des semaines chargées.
Des moments où certaines limites seront dépassées.
La reconstruction ne consiste pas à éliminer toute difficulté.
Elle peut plutôt permettre de mieux remarquer ce qui se passe et de réagir plus tôt lorsqu’un déséquilibre commence à s’installer.
Ce sentiment peut être impressionnant :
« Je ne suis plus la personne que j’étais. »
Mais peut-être que la question n’est pas uniquement de savoir comment retrouver cette personne.
Peut-être faut-il également se demander :
qu’est-ce que cette expérience m’a obligé à regarder que je ne voyais pas auparavant ?
Certaines réponses seront inconfortables.
D’autres pourront ouvrir de nouvelles possibilités.
Il n’est pas nécessaire d’idéaliser le burn-out.
Il n’est pas nécessaire non plus d’en faire une « chance ».
Mais après une telle épreuve, il est possible que certains repères ne reviennent jamais exactement à leur place.
Et peut-être que la reconstruction consiste justement à accepter cela.
Pas pour effacer la personne que l’on était.
Mais pour construire progressivement une manière de vivre plus cohérente avec ce que l’on sait désormais de soi.
Alors, au lieu de chercher uniquement à répondre à :
« Comment redevenir comme avant ? »
une autre question peut apparaître :
« Qu’est-ce que j’ai envie de garder de la personne que j’étais, et qu’est-ce que je veux désormais faire autrement ? »
Sur cet article, je créerais ce maillage :
Se reconstruire après un burn-out : pourquoi il ne s’agit pas de redevenir comme avant
→ https://www.anthonyguerin.com/articles/se-reconstruire-apr%C3%A8s-un-burn-out-pourquoi-il-ne-sagit-pas-de-redevenir
Reprendre le travail après un burn-out : que faire quand on ne veut plus y retourner ?
→ https://www.anthonyguerin.com/articles/reprendre-le-travail-apr%C3%A8s-un-burn-out-que-faire-quand-on-ne-veut-plus-y
Après un burn-out : comment poser ses limites au travail sans reproduire les mêmes mécanismes ?
→ le deuxième article publié aujourd’hui.
Découvrir la formation « Du burn-out à la reconstruction durable »
→ https://www.anthonyguerin.com/formation
Besoin de prendre du recul sur ce que vous traversez ?
Je propose un premier échange gratuit de 30 minutes, sans engagement, pour faire le point sur votre situation et voir si un accompagnement peut avoir du sens.
Découvrir l’accompagnement burn-out et stress
→ https://www.anthonyguerin.com/accompagnement
La fatigue n’est qu’une partie de cette période. La reconstruction après un burn-out amène souvent à revoir plus largement ses repères, ses limites et son rapport au travail.