Après un burn-out, reprendre une activité professionnelle ne consiste pas seulement à retrouver de l’énergie ou à reprendre progressivement son rythme.
Une autre question finit souvent par apparaître :
comment éviter de recommencer exactement comme avant ?
Dire oui à tout.
Accepter une charge qui augmente progressivement.
Rester disponible en permanence.
Repousser ses propres limites.
Continuer malgré la fatigue parce qu’il faut « tenir ».
Poser ses limites au travail peut alors devenir une partie importante de la reconstruction.
Mais c’est souvent plus difficile qu’il n’y paraît.
Parce qu’une limite ne consiste pas seulement à savoir dire non. Elle oblige aussi à reconnaître ce qui n’est plus acceptable, à identifier ses besoins et parfois à modifier des habitudes professionnelles installées depuis longtemps.
Après un burn-out, l’enjeu n’est donc pas nécessairement de devenir moins engagé dans son travail.
Il peut plutôt être d’apprendre à s’engager sans s’épuiser à nouveau.
Savoir qu’il faudrait poser des limites est une chose.
Réussir à le faire réellement en est une autre.
Dans le monde professionnel, certaines habitudes peuvent être profondément installées : vouloir être fiable, rendre service, ne pas décevoir, accepter une nouvelle tâche parce que « ça ira », répondre à un message alors que la journée est terminée ou continuer malgré une fatigue importante.
Pendant longtemps, ces comportements peuvent même être valorisés.
On devient la personne sur qui l’on peut compter.
Celle qui trouve une solution.
Celle qui accepte encore une mission.
Celle qui reste un peu plus tard.
Le problème apparaît lorsque cette disponibilité devient progressivement la norme.
Après un burn-out, poser ses limites peut alors provoquer un véritable inconfort.
On peut avoir peur de passer pour quelqu’un de moins impliqué.
Peur de décevoir.
Peur que les collègues ou le responsable ne comprennent pas.
Ou simplement avoir tellement pris l’habitude de dépasser ses limites qu’on ne sait plus exactement où elles se trouvent.
Poser une limite ne signifie pourtant pas devenir indifférent à son travail.
Cela signifie commencer à reconnaître ce qui est soutenable et ce qui ne l’est plus.
Quand on parle de limites professionnelles, on pense souvent immédiatement à la capacité de dire non.
Mais une limite peut prendre beaucoup d’autres formes.
Cela peut être décider de ne plus répondre aux messages professionnels le soir.
Prendre réellement sa pause déjeuner.
Ne pas accepter systématiquement une tâche supplémentaire lorsqu’une charge importante est déjà présente.
Demander des priorités lorsqu’il devient impossible de tout réaliser correctement.
Ne plus rester régulièrement après son horaire simplement pour terminer « encore une chose ».
Ou reconnaître qu’une situation nécessite de demander de l’aide.
La limite n’est donc pas forcément spectaculaire.
Elle se joue souvent dans une multitude de petites décisions quotidiennes.
Et c’est justement parce qu’elles semblent petites qu’il est facile de recommencer progressivement à les dépasser.
Avant de chercher à poser davantage de limites, il peut être utile d’observer les situations dans lesquelles elles disparaissent.
Posez-vous quelques questions simples.
Dans quelles situations ai-je le plus de difficulté à dire non ?
Est-ce face à mon responsable ?
À certains collègues ?
À un client ?
Lorsque quelqu’un me demande quelque chose au dernier moment ?
Qu’est-ce que j’ai peur qu’il se passe si je refuse ?
Être jugé ?
Être considéré comme moins compétent ?
Créer un conflit ?
Décevoir quelqu’un ?
Quelles situations me coûtent le plus d’énergie ?
Les sollicitations permanentes ?
Le manque d’organisation ?
Les urgences répétées ?
Les interruptions ?
Les responsabilités ?
Les conflits ?
Cette observation est importante.
Car il est difficile de protéger une limite que l’on n’a pas encore clairement identifiée.
On peut aimer profondément son travail et pourtant avoir besoin de limites.
Ces deux choses ne sont pas contradictoires.
Être engagé signifie faire son travail sérieusement, participer, prendre ses responsabilités et avoir envie de bien faire.
Le surinvestissement commence lorsque le travail prend progressivement toute la place.
Lorsque terminer une tâche devient plus important que dormir correctement.
Lorsque répondre à une demande devient plus important que récupérer.
Lorsque dire non paraît impossible.
Ou lorsque notre valeur personnelle finit par dépendre presque entièrement de notre performance professionnelle.
Après un burn-out, cette distinction peut être particulièrement utile.
L’objectif n’est pas forcément de travailler moins ou de devenir moins impliqué.
Il peut être de retrouver une manière de travailler dans laquelle l’engagement ne signifie plus automatiquement dépassement de soi.
C’est un point essentiel.
Lorsqu’on parle de burn-out, il serait trop simple de laisser entendre que tout dépend de la capacité individuelle à « mieux gérer son stress » ou à « apprendre à dire non ».
Les conditions de travail comptent également.
On peut apprendre à poser ses limites et continuer malgré tout à évoluer dans une organisation où la charge est excessive, où les urgences sont permanentes ou où les moyens ne permettent pas réellement de faire le travail demandé.
Il faut donc distinguer deux dimensions :
ce que je peux modifier dans ma manière de fonctionner
et
ce qui relève de l’organisation ou des conditions de travail.
Cette distinction évite de faire porter toute la responsabilité de l’épuisement sur la personne qui l’a traversé.
Parfois, travailler sur ses propres limites est nécessaire.
Parfois, certaines conditions professionnelles doivent également évoluer.
Et parfois, les deux sont indispensables.
Après un burn-out, il peut être tentant de vouloir tout changer immédiatement.
Mais poser ses limites n’a pas besoin de devenir une nouvelle performance à réussir.
Il peut être plus réaliste de commencer par quelques règles simples.
Par exemple :
Je termine ma journée à une heure définie autant que possible.
Je ne consulte pas mes messages professionnels pendant certaines périodes de repos.
Lorsque ma charge devient trop importante, je demande ce qui doit réellement être prioritaire.
Je prends quelques minutes avant d’accepter immédiatement une nouvelle demande.
Je garde des temps de récupération dans ma semaine.
Ces limites sont intéressantes parce qu’elles sont concrètes.
On peut observer si elles sont respectées ou non.
Cela permet également de repérer progressivement les situations qui nous poussent à les dépasser.
Une petite habitude peut changer beaucoup de choses :
ne pas répondre automatiquement oui.
Lorsqu’une nouvelle tâche ou demande arrive, on peut simplement se donner quelques minutes pour vérifier sa charge réelle.
Par exemple :
« Je regarde ce que j’ai déjà à terminer et je te réponds. »
Ou :
« Qu’est-ce qui est prioritaire par rapport aux tâches déjà prévues ? »
Cela peut sembler anodin.
Mais cette pause permet de sortir d’un automatisme fréquent : accepter d’abord, gérer les conséquences ensuite.
Poser ses limites commence parfois simplement par ce délai entre la demande et la réponse.
C’est probablement l’une des difficultés les plus importantes.
Poser une limite ne garantit pas que tout le monde sera satisfait.
Une personne habituée à votre disponibilité permanente peut être surprise lorsque celle-ci diminue.
Quelqu’un qui bénéficiait régulièrement de votre capacité à « toujours trouver une solution » peut ne pas apprécier immédiatement le changement.
Cela ne signifie pas automatiquement que votre limite est mauvaise.
Il faut néanmoins garder une distinction importante :
poser une limite ne signifie pas devenir rigide ou refuser toute adaptation.
Le travail implique nécessairement des ajustements, des imprévus et parfois des périodes plus intenses.
L’enjeu se trouve plutôt dans la différence entre :
une exception ponctuelle
et
un fonctionnement permanent.
Finir plus tard exceptionnellement n’est pas la même chose que le faire chaque soir.
Aider un collègue ponctuellement n’est pas la même chose que devenir systématiquement la personne qui absorbe la surcharge.
L’une des difficultés après un burn-out est que les anciens comportements peuvent revenir discrètement.
Au début, on fait attention.
Puis on se sent mieux.
On récupère de l’énergie.
On reprend confiance.
Et progressivement :
« Cette fois, je peux bien accepter. »
Puis :
« Je vais juste terminer ça ce soir. »
Puis :
« Ce n’est qu’une semaine chargée. »
Et quelques mois plus tard, certaines habitudes ont retrouvé leur place.
Cela ne signifie pas qu’un nouveau burn-out est forcément en train d’arriver.
Mais cela peut être un signal utile pour refaire le point.
La reconstruction n’est pas une ligne droite.
Elle demande parfois de réajuster plusieurs fois sa manière de fonctionner.
Vous pouvez régulièrement vous demander :
1. Est-ce que mon rythme actuel est réellement soutenable sur plusieurs mois ?
2. Est-ce que je continue à récupérer correctement en dehors du travail ?
3. Est-ce que je réussis encore à dire non lorsque quelque chose dépasse réellement mes possibilités ?
4. Est-ce que certaines tâches deviennent systématiquement urgentes alors qu’elles pourraient être anticipées ?
5. Est-ce que le travail recommence à prendre progressivement toute la place ?
6. Est-ce que je respecte davantage mes limites ou est-ce que je recommence à les négocier en permanence ?
7. Est-ce que mes conditions de travail me permettent réellement d’appliquer les changements que j’essaie de mettre en place ?
Le but n’est pas de surveiller constamment chaque signe.
Il s’agit plutôt de conserver quelques repères permettant de remarquer plus tôt lorsqu’un fonctionnement ancien commence à revenir.
Après un burn-out, certaines personnes craignent de ne plus pouvoir être aussi investies qu’avant.
Comme si respecter davantage leurs limites signifiait perdre une partie de ce qu’elles étaient.
Mais il est possible de continuer à être engagé.
À avoir de l’ambition.
À aimer son travail.
À prendre des responsabilités.
La question est plutôt de savoir à quel prix.
Être professionnel ne devrait pas obliger à sacrifier systématiquement sa santé, son sommeil, ses proches ou toute sa vie personnelle.
Poser davantage de limites ne consiste donc pas forcément à devenir moins impliqué.
Cela peut simplement permettre de chercher une forme d’engagement plus soutenable.
Il faut également accepter cette possibilité.
Parfois, malgré les efforts, certaines organisations ne laissent que très peu d’espace au changement.
Les demandes restent excessives.
Les moyens restent insuffisants.
Les horaires débordent continuellement.
Les sollicitations ne diminuent pas.
Dans ce cas, la question ne peut plus être uniquement :
« Comment puis-je mieux poser mes limites ? »
Elle devient aussi :
« Cet environnement me permet-il réellement de les respecter ? »
La réponse n’implique pas automatiquement de quitter son emploi.
Mais elle mérite d’être examinée.
Selon la situation, cela peut conduire à échanger avec son responsable, les ressources humaines, les représentants du personnel, le service de prévention et de santé au travail ou les professionnels compétents.
Lorsque les difficultés concernent la santé ou la capacité à reprendre ou maintenir son activité, elles doivent être abordées avec les professionnels de santé concernés.
Se reconstruire après un burn-out ne consiste pas seulement à récupérer suffisamment pour pouvoir recommencer.
La question peut aussi devenir :
qu’est-ce que je souhaite faire différemment cette fois-ci ?
Il n’est pas nécessaire de bouleverser toute sa vie professionnelle.
Parfois, ce sont quelques changements qui comptent :
oser demander de l’aide plus tôt,
ne plus accepter automatiquement,
mieux identifier sa charge,
protéger réellement certains temps de récupération,
réinterroger la place du travail,
ou accepter que tout ne puisse pas toujours être parfait.
Poser ses limites n’est pas nécessairement spectaculaire.
C’est souvent un travail progressif.
Une série de petites décisions qui permettent, petit à petit, de travailler autrement.
Le but n’est pas de construire une vie professionnelle sans difficulté ni stress.
Ce serait irréaliste.
L’objectif peut plutôt être d’éviter de revenir automatiquement à un fonctionnement dans lequel tenir toujours plus longtemps devient la seule réponse possible.
Et peut-être qu’après un burn-out, l’une des questions les plus importantes n’est plus :
« Jusqu’où suis-je capable d’aller ? »
mais :
« Jusqu’où ai-je envie d’aller sans me perdre à nouveau en chemin ? »
Reprendre le travail après un burn-out : que faire quand on ne veut plus y retourner ?
→ https://www.anthonyguerin.com/articles/reprendre-le-travail-apr%C3%A8s-un-burn-out-que-faire-quand-on-ne-veut-plus-y
Peur de rechuter après un burn-out : comment retrouver confiance ?
→ https://www.anthonyguerin.com/articles/peur-de-rechuter-apr%C3%A8s-un-burn-out-comment-retrouver-confiance
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Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis ou une prise en charge médicale ou psychologique.