Après un burn-out, il arrive un moment où l’on commence enfin à aller mieux. L’énergie revient doucement, certaines journées redeviennent plus simples, on retrouve un peu d’envie, parfois même l’idée de reprendre le travail ou de se projeter à nouveau.
Et pourtant, une inquiétude peut rester en arrière-plan : « Et si ça recommençait ? »
Cette peur de rechuter après un burn-out peut être difficile à comprendre. On pourrait penser que le plus dur est passé et qu’il suffit désormais de reprendre sa vie. Mais après avoir connu un épuisement profond, il n’est pas toujours évident de refaire confiance à son corps, à ses décisions, à ses limites ou à sa capacité à reconnaître suffisamment tôt ce qui ne va plus.
La reconstruction ne consiste donc pas seulement à retrouver de l’énergie. Elle consiste aussi, progressivement, à retrouver de la sécurité et de la confiance.
Un burn-out ne surgit généralement pas du jour au lendemain. L’INRS le décrit comme un ensemble de réactions consécutives à des situations de stress professionnel chronique, dans lesquelles l’engagement personnel tient une place importante. INRS
Pendant longtemps, on peut continuer à fonctionner malgré la fatigue, la pression ou la perte progressive de récupération. C’est parfois seulement lorsque les ressources sont profondément entamées que l’on réalise jusqu’où l’on est allé.
Après avoir traversé cela, il est donc compréhensible que certains signaux prennent une importance nouvelle.
Une mauvaise nuit, plusieurs journées difficiles, une période professionnelle chargée ou simplement une grosse fatigue peuvent immédiatement faire surgir cette pensée :
« Est-ce que je suis en train de repartir dans la même direction ? »
Le problème n’est alors plus seulement la fatigue. C’est aussi la confiance que l’on avait dans sa capacité à savoir jusqu’où aller.
Avant le burn-out, beaucoup de personnes ont appris à ignorer certains signaux.
On se disait qu’on récupérerait le week-end. Que les prochaines vacances permettraient de souffler. Que cette période particulièrement intense finirait bien par passer.
Puis, lorsque l’épuisement arrive réellement, le regard porté sur ces mêmes sensations change complètement.
Après un burn-out, être fatigué n’est plus seulement être fatigué.
Cela peut devenir : « Est-ce que ça recommence ? »
Ne plus réussir à décrocher du travail pendant quelques jours peut devenir inquiétant. Une baisse de motivation peut rappeler une période beaucoup plus difficile. Une nuit perturbée peut suffire à raviver certaines peurs.
Pourtant, vivre à nouveau normalement suppose aussi d’accepter qu’il existera encore des journées fatigantes, du stress, des périodes plus exigeantes et des moments où l’on sera moins disponible.
L’enjeu n’est probablement pas de surveiller en permanence chaque sensation. Il est plutôt d’apprendre progressivement à mieux connaître ses propres signaux, leur durée, leur intensité et le contexte dans lequel ils apparaissent.
Lorsque j’ai traversé mon propre burn-out, l’une des choses les plus difficiles à accepter a été que je ne pouvais plus fonctionner exactement comme avant.
Pendant longtemps, tenir avait été une habitude. Prendre sur soi, régler les problèmes, avancer malgré la fatigue faisait presque partie du fonctionnement normal.
La reconstruction m’a obligé à revoir cela.
Pas pour devenir quelqu’un qui renonce au moindre obstacle. Mais pour comprendre qu’une limite n’est pas forcément une faiblesse.
Retrouver confiance après un burn-out, c’est aussi apprendre à distinguer ce que l’on peut faire de ce que l’on doit toujours réussir à supporter.
La différence est importante.
On peut être capable de travailler beaucoup pendant plusieurs semaines. Cela ne signifie pas nécessairement que ce rythme peut être maintenu durablement.
On peut réussir à encaisser une situation professionnelle difficile. Cela ne signifie pas qu’il faille continuer indéfiniment.
Et parfois, reconstruire suppose d’accepter qu’une ancienne façon de fonctionner n’était peut-être pas aussi solide qu’on le pensait.
Il est tentant, après un burn-out, de chercher une explication unique.
Le travail.
Une personne.
Une surcharge.
Notre propre comportement.
La réalité est souvent plus complexe.
L’INRS rappelle notamment l’importance de facteurs liés au travail : surcharge et pression temporelle, faible autonomie, manque de soutien social, manque d’équité ou insécurité professionnelle. La prévention ne peut donc pas être réduite à la capacité individuelle à « mieux gérer son stress ». INRS
C’est un point essentiel.
Se reconstruire ne signifie pas apprendre à supporter davantage une organisation qui nous épuise.
Cela peut au contraire conduire à regarder différemment sa charge de travail, ses responsabilités, ses marges de décision, les relations professionnelles, les valeurs que l’on souhaite préserver ou encore la place que le travail occupe dans sa vie.
Comprendre n’est pas forcément chercher un coupable.
C’est essayer de voir plus clairement ce qui s’est accumulé afin de ne pas repartir exactement dans les mêmes conditions.
Après une période difficile, on peut avoir une envie très forte : retrouver sa vie d’avant.
C’est compréhensible. Cette vie représente quelque chose de connu, de rassurant.
Mais elle est parfois précisément celle dans laquelle l’épuisement s’est installé.
Se reconstruire peut donc nécessiter autre chose que revenir au point de départ.
Cela peut vouloir dire poser certaines limites plus tôt, accepter de dire non, réorganiser son activité, modifier certaines priorités ou simplement cesser d’attendre de soi la même disponibilité permanente.
Dans certains cas, la question du retour au travail doit également être préparée avec les professionnels compétents. La Haute Autorité de Santé souligne notamment le rôle du médecin du travail et de la visite de pré-reprise pour préparer la réinsertion professionnelle et envisager, lorsque cela est nécessaire, des adaptations du poste ou d’autres solutions. Haute Autorité de Santé
Il ne s’agit donc pas toujours de reprendre exactement comme avant en espérant que cette fois tout se passera différemment.
Parfois, ce sont justement certaines conditions qu’il faut pouvoir faire évoluer.
Il existe une différence entre être attentif à soi et vivre dans une surveillance permanente.
L’un permet de mieux se connaître.
L’autre peut finir par empêcher de vivre normalement.
Après un burn-out, l’objectif ne peut probablement pas être d’obtenir la garantie que cela ne recommencera jamais. Personne ne peut donner une telle garantie.
En revanche, on peut progressivement développer de meilleurs repères.
Savoir reconnaître quand la fatigue ne récupère plus normalement. Voir lorsque le travail envahit à nouveau toute la vie. Identifier que l’on commence à s’isoler, à devenir inhabituellement irritable ou que certaines difficultés durent.
L’INRS souligne justement que des changements physiques, émotionnels, comportementaux ou motivationnels peuvent faire partie des signaux à prendre au sérieux. INRS
L’idée n’est pas de poser soi-même un diagnostic au moindre changement.
C’est plutôt de ne plus attendre systématiquement que la situation devienne insupportable avant d’en parler ou de chercher de l’aide.
Il y a parfois une forme de pression à vouloir prouver que l’on va mieux.
On veut retrouver son autonomie. Tourner la page. Montrer que l’on est capable de reprendre.
Pourtant, accepter d’être accompagné n’est pas contradictoire avec le fait de se reconstruire.
Selon la situation, cela peut passer par le médecin traitant, un psychologue ou psychiatre, le médecin du travail et d’autres professionnels compétents. La HAS recommande une prise en charge adaptée à la situation de chaque personne et insiste également sur la préparation du retour au travail. Haute Autorité de Santé
Un accompagnement de coaching ou une formation peuvent intervenir sur d’autres dimensions : prendre du recul, réfléchir à ses fonctionnements, poser certaines questions ou travailler sur la manière dont on souhaite avancer.
Mais ils ne remplacent ni une évaluation médicale ni un accompagnement psychologique lorsque ceux-ci sont nécessaires.
Cette distinction me paraît fondamentale.
Peut-être que l’une des erreurs serait d’attendre le jour où toute peur aura disparu pour considérer que la reconstruction est terminée.
La confiance peut revenir autrement.
Pas sous la forme de :
« Je suis certain que cela ne m’arrivera plus jamais. »
Mais plutôt :
« Je me connais mieux aujourd’hui. Je sais davantage ce que je peux accepter, ce que je dois surveiller et à quel moment il est important de réagir. »
La nuance paraît petite, mais elle change beaucoup de choses.
Après un burn-out, on ne revient pas forcément exactement à la personne que l’on était avant.
Certaines choses ont changé.
Et la reconstruction consiste peut-être moins à effacer cette expérience qu’à apprendre à avancer avec ce qu’elle nous a appris.
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Cette formation constitue un parcours pédagogique de compréhension et de réflexion. Elle ne remplace pas une consultation médicale, un diagnostic ni un suivi psychologique.
Anthony Guérin
Coach de vie burn-out & stress